Centre d'Études pour le Financement du Développement Local

LES ACTUALITES DU CENTRE

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Lors de nos récentes contributions concernant notre politique monétaire, nous disions que cette dernière a consisté ces dernières années à financer le déficit budgétaire de nos états par le biais du refinancement à la BCEAO de titres d’états achetés par les banques en partie avec leurs liquidités excédentaires. Cette politique dans le contexte d’un FCFA arrimé à l’euro et surévalué a financé des déficits commerciaux qui nous ont fait perdre beaucoup de réserves de change que la BCEAO est entrain de reconstituer. Cette reconstitution l’oblige à réduire le volume de refinancement des titres détenus par les banques qui en retour ne peuvent pas renouveler certains titres d’états arrivés à échéance afin de reconstituer leur trésorerie propre. Il résulte de cette cascade de non renouvellement un marché des capitaux tendu où les états n’arrivent pas à lever les fonds nécessaires pour non seulement refinancer des dettes arrivées à échéance mais aussi pour financer leurs déficits budgétaires courants. Ces déficits sont par ailleurs en ajustement car ils ont financé des politiques de croissance soutenue par les investissements publics qui ont accéléré notre endettement et retardé la convergence macroéconomique qui pourrait nous permettre une politique monétaire commune sans arrimage sur l’euro. Il en découle encore une fois une nécessité de s’endetter à l’extérieur de l’union et malheureusement en devises, les investisseurs préférant nous prêter en devises au vu de notre régime de change fixe qui peut changer à tout moment par surprise.

 

La nouvelle déclaration de politique générale du Premier Ministre ne s’inscrit pas dans la continuité mais consacre effectivement une quatrième et dernière vision du Président de la République qui va néanmoins dans le bon sens. Au vu de la situation macroéconomique, il ne s’agit pas simplement d’une vision électoraliste mais d’un changement de cap qualifié «d’inclinaison sociale» du PSE, et baptisé un « Sénégal de tous, un Sénégal pour tous ». Nous aurions préféré «Un Sénégal où chaque citoyen ou communauté de citoyens prend son destin en main ». Cependant, comme nous le disions au sortir des législatives, le peuple semble le vouloir mais sous le leadership de l’état. Notre état socialiste et socialisant adapté à cette volonté l’a présentée de la manière suivante dans la déclaration de politique générale: «Un Sénégal sans exclusion, où tous les citoyens bénéficient des mêmes chances et des mêmes opportunités pour réaliser leur potentiel et prendre en main leur destin».

L’expérience de l’école Yavuz Selim où enseignants et parents d’élèves ne veulent pas que l’état se mêle de la gestion de leur école sponsorisée par une fondation turque pourrait être une opportunité pour la réforme de l’école sénégalaise dans les valeurs d’autonomie et de responsabilité. Le refus d’être sous administration provisoire et la contreproposition de rachat des parts de la fondation turque et/ou de celles de son représentant français par des privés sénégalais nous ouvrent la possibilité d’une troisième voie de compromis:  La nationalisation des parts de la fondation turque et le transfert irrévocable des droits de vote correspondants aux parents d’élèves, le maintien de l’autonomie de gestion de ces écoles, et leur rebaptisation pour en faire des écoles d’excellence, d’enracinement, et d’ouverture.


Le Gouverneur de la BCEAO accompagné de son staff en charge des questions dont il devait lui-même nous parler, a décidé de s’exprimer sur notre monnaie, le FCFA, à travers la chaine Radio France Internationale. Oui, il s’agit bien de notre monnaie dont nous devons enlever la France de la gestion en éliminant les comptes d’opérations. Mais ce n’est pas le sujet de la contribution de ce jour, le Directeur National du Sénégal ayant déjà épuisé la plupart des questions. Nous voulions qu’il nous parle de sa gestion.  



Nous nous réjouissons que le FCFA ait été au-devant de l’actualité ces dernières semaines bien que sous un angle qui ne sert pas la cause d’une réforme de sa gouvernance pour laquelle nous nous exprimons depuis un temps. Les activistes ont cependant joué leur rôle car ils ont réussi à faire sortir la BCEAO de sa réserve par le biais d’un Directeur National pour clarifier certaines questions sur nos réserves de change, la gouvernance de la BCEAO, le compte d’opérations, et l’impression de notre monnaie qui obscurcissent le débat.  La décision de sortir la France de la gouvernance de la BCEAO est une question politique et de leadership qui ne dépend pas de la BCEAO et qui n’affecte pas la conduite de sa mission actuelle qui par ailleurs est insuffisamment comprise et contrôlée par les états et le grand public.